
Environ tous les 4 ans nous partions en congé administratif. Notre destination était la France, et c’est en 1952 que je la découvre pour la première fois. Mon père, lui, la connaissait déjà puisqu’il y était venu plusieur fois en tant que marin, pour y faire des stages pour son travail et avait même passé la radio d’un poumon à l’Hôpital Saint ANNE de Toulon en 1937. ![]() Ma première traversée de la Méditerranée, s’est faite sur l’Alphée. Le voyage dura 2 à 3 jours dans des circonstances assez dures. Le premier jour, j’ai été vraiment malade. Sur la proue, à bâbord ma mère me donnait des « Petits brun » avec du miel et à tribord, je donnais à manger aux poissons.  Je n’y comprenais rien, et lui demandais « Dis Maman, pourquoi je vomis ?» ![]() Au cours de l’un de ces voyages, je me souviens que nous étions parmi les rares personnes à venir nous installer au restaurant, et qu’il y avait de la viande à volonté. C’était un mode de transport qui me plaisait car je me faisais des copains et copines et je pouvais visiter certaines parties des navires. Après le débarquement j’avais l’impression pendant plusieurs heures d’être encore sur l’eau mais le fait d’avoir senti dans une coursive l’odeur de la pharmacie et du gaz oïl, m’a incommodé pendant plusieurs années, mon esprit associant ces odeurs au roulis et au tangage. C’est en 1956 que nous avons pris le Ville de TUNIS, et en 1959 Il me semble le Ville de MARSEILLE, mais avec cette fois-ci notre 4 CV à fond de cale. ![]() C’était formidable car nous n’avions plus à porter nos valises et nos sacs de gares en gares, de quais en quais, d’hôtels en hôtels. Nous avions une sensation de liberté. Nous pouvions aller où nous voulions sans être tributaire des horaires des trains et c’est ainsi que nous avons pu visiter des villes comme Brest, Annecy, Lorient, Toulon, Paris, Chamonix, Bourg d’Oisans des régions comme l’Alsace, les Alpes et avec même un passage en Italie à San Remo. Les villes étapes étaient Marseille où nous mangions dans un restaurant de la Marine sur la Cannebière, Lyon où étaient ma grand-mère paternelle et une grande partie de notre famille partie de Tunisie, Paris avec visite des monuments et des musées, la Bretagne où avaient été mutés des copains de travail de mon père. L’arrière de cette voiture était étroit pour 2 enfants qui voulaient allonger les jambes pour dormir, mais on y arrivait tant bien que mal malgré les bagarres et les cris. Sur la route de BREST, nous avons été poursuivis pendant plusieurs kilomètres par une vespa. Mon père ne voulait pas céder du terrain et baisait la tête sur son volant dans la position d'un coureur cycliste, comme pour gagner de la vitesse. Le motocycliste fini par nous doubler à plus de 90 kilomètres/heures et nous faire signe de nous arrêter dans notre course folle. Il voulait tout simplement nous informer que notre galerie était défaite et que nous perdions nos bagages. Nous avons mimé et bien ris de cette histoire pendant plusieurs années. Avec notre voiture, nous découvrions une certaine liberté d’action. Nous pouvions aller à FERRYVILLE, rendre visite à tonton Joseph qui n’avait pas de voiture ou à l’oncle SPINA, Maurice qui habitait dans sa villa à l’entrée de la ville. Chez Maurice, nous faisions parfois des grillades sous le néflier dont je me régalais des fruits. Mes cousins Guy, Alain et Jean-Marc, SPINA, faisaient la collection des bandes dessinées de KID KARSON et j’avais de la lecture pour plusieurs heures, sinon, j’allais au cinéma après être passé à la pâtisserie pour acheter 2 gros makcrouds. Nous allions aussi rendre visite à ma grand-mère maternelle à Tunis. Lors d’une escapade dans le Sud Tunisien, au cours d’un arrêt, une personne s’est approchée de nous et c’est en Arabe que mon père maniait très bien qu’ils ont conversé. Après son départ nous avons appris qu’il s’agissait d’un fellaga et que mon père s’était fait passer pour un de leurs partisans. Nous avons aussi visité Carthage d’où nous avons ramené une « fausse vrai lampe à huile », Sousse, Kairouan, Sfax, Monastir, etc.….. A une certaine époque, après Bouficha, et le Kef, tonton Etienne a été policier à KORBOUS dans la région du Cap Bon. La particularité de cette ville était sa source d’eau chaude ferrugineuse. Notre première visite c’était faite en car et nous avions remarqué que le chauffeur, à son arrivée, klaxonnait un air bien précis « tatata…tatata » Aussi lors de nos visites avec notre voiture, mon père klaxonnait le même air et ainsi Tonton savait que nous arrivions. Il habitait dans une très grande maison avec de nombreuses dépendances et des granges. C’est dans l’une d’elles que des moineaux venaient nicher. Pour en attraper, il nous suffisait de fermer les volets et de battre l’air avec de grands bâtons et de les faire cuire entrelardé à la braise. ![]() Afin d’avoir deux chauffeurs dans la maison, mon père voulu apprendre la conduite à ma mère. Peine perdue et abandon par forfait. Le Boulevard de la Plage n’était pas assez grand pour faire demi-tour ou une manœuvre. (Pour ceux qui connaissent) En tant qu’ancien marin et ouvrier de l’arsenal, mon père avait le droit de venir au Restaurant de la Marine. Nous y allions souvent et cela nous faisait une belle et bonne sortie. Dans ce même espace, il y avait également un jeu de boules, et un dojo. Mon père a voulu m’y inscrire (suite à l’incident avec Jean-Marie) mais j’ai eu peur et j’ai refusé. Une image vient à mon esprit à chaque fois que j’évoque ce lieu. Pour aller au restaurant, il fallait longer le jeu de boule délimitée par des petits poteaux de fer. Distrait et regardant toujours derrière moi, je crois mettre retrouver par terre plus d’une fois. (Et paf encore le nez). Une chose est sure, c’est que, comme dans tous les restaurants de la marine de Tunisie ou de France, cela sentait très bon et on y mangeait très bien. ![]() Notre logement Rue Paul MICHAUD devenait de plus en plus petit. Ma sœur arrivait sur ses 17 ans et voulait sa chambre. C’est toutes ces raisons qui ont fait que mes parents ont déménagés pour un appartement d’angle au Rez-de-chaussée d’un immeuble dans "La Rue du Contrôle" juste en face de l’immeuble quitté par ma tante Aurélie quelques années avant. Il y avait une cuisine avec une fenêtre donnant sur une petite cour intérieure, une salle de bain avec baignoire, un W.C intérieur, une chambre pour mes parents et une pour ma sœur. Après un grand nettoyage et une peinture complète de l’ensemble, j’ai hérité de mon coin dans le salon, aménagé avec un lit que je n’avais plus à ouvrir le soir et refermer le matin, ainsi qu’une belle tête de lit de bois verni. La petite cour intérieure dont l’accès se faisait exclusivement par la fenêtre de la cuisine, servait en période de Noël à l’engraissement et au parcage de la dinde. ![]() Je regrettais mon ancienne rue, mes anciens copains de jeux que j’allais souvent revoir, mais à cet âge ce n’est pas un problème, et au bout de quelques jours je me sentais chez moi. Des copains de classe habitaient dans la rue. J’avais même été élu « Chef ». De quoi ? Je n’en sais rien. Nous avions tous un canif bien aiguisé par le rémouleur et nous avons fait des fourreaux dans le cuir d’un fauteuil abandonné dans un champ. Nous étions prés à nous défendre contre une hypothétique attaque. Notre quartier général avait été dressé dans la buanderie, et en montant sur son toit, on pouvait voir toute la ville et même très loin au delà du canal vers Zarzouna. Comme sur tous les immeubles, il y avait possibilité de passer de terrasses en terrasses en passant par les toits des buanderies fait de tôles ondulées qui pouvaient s’écrouler sous notre poids. Nous n’avons pas pu en profiter très longtemps car il nous a fallu partir pour la France. RETOUR PRECEDENTE     SUIVANTE ...    
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